Alceste

Alceste vient de commencer l’école enfantine.

La maîtresse prend le temps de faire avec tous les élèves le tour de la classe, de la cour, de l’école… et l’on revient s’asseoir en tailleur autour du tapis.
Une place reste vide. La maîtresse, qui ne connaît pas encore tous les visages, prend sa liste et fait l’appel… Alceste n’est pas là.

Comment fait-on lorsqu’on a 25 ans, que c’est sa première rentrée en tant que maîtresse et qu’on sait que le directeur nous attend au contour ?

Soit on est nerveuse et on pleure. Soit on est courageuse et on va voir le directeur pour lui expliquer la situation. Soit on est astucieuse et on organise un grand jeu avec les enfants : on joue à… retrouver Alceste! Et on motive la classe: celui ou celle qui le retrouvera gagnera le droit de s’asseoir tout une journée sur la chaise de la maîtresse!

Et voilà tous ces petits qui cherchent Alceste en riant. Dans la classe d’abord, mais on a vite fait le tour et Alceste n’est pas là.

Dans le vestiaire, dans le couloir, personne.

Les enfants prennent le jeu très au sérieux: « Dis-donc, Maîkresse, tu l’as bien caché, Alceste! ».

On arrive dans la cour, à l’ombre du marronnier. Et Charlène se met à crier: « je l’ai trouvé, je l’ai trouvé!!! »

Alceste s’est endormi sous le toboggan pendant la visite guidée. La maîtresse le réveille et le porte jusqu’à la classe, félicitant tous les élèves pour leur recherche fructueuse, et Charlène pour sa découverte.

La jeune institutrice compte les enfants avant de rentrer dans la classe. Voilà un rituel qu’elle n’oubliera plus!

Le lendemain, Charlène trône sur sa chaise, et se prend déjà pour la maîtresse. Elle interroge ses camarades: à quoi veulent-ils jouer ce matin? Eh bien, ils veulent jouer à trouver Alceste!

Voili, voilà, bonne année scolaire à tous!

 

Pacifique

6 mois et demi sans se voir, sans se téléphoner, ayant occasionnellement des nouvelles l’un de l’autre par des amis communs.

Ils s’étaient croisés par le plus pur des hasards: elle sortait de chez le coiffeur, il courait chez le dentiste, qui étaient dans la même rue. Dire que ce quartier avait été le leur quand ils habitaient leur joli deux pièces de la rue des Eperviers. Ils avaient remis l’appartement, choisi d’emménager ailleurs, chacun chez soi. Mais on ne se coupe pas facilement de sa vie. Ils avaient gardé leurs habitudes par ici. Il n’est déjà pas facile de changer de chez soi, ni de changer d’amant, mais de dentiste… ou de coiffeur…

Bref, il pleuvait, ils couraient, elle pour ne pas être trop décoiffée, lui parce qu’il était en retard. Les voilà quasi dans les bras l’un de l’autre. Surprise. Coup de foudre.
« Attends-moi, j’en ai pour une petite demi-heure. » et le voilà qui s’engouffre sous le porche du dentiste.

Ils se retrouvent, se tombent dans les bras… et passent la nuit ensemble.

Neuf mois plus tard naissait Pacifique. C’est le prénom qu’ils choisirent pour elle car elle avait amené la paix dans leur ménage, la paix dans leur famille.

Et aujourd’hui, la voilà qui fait sa première rentrée !

Bourgeon créatif_première rentrée

Voili, voilà, ça fait un bail que c’est à l’abandon, ici, mais… j’ai eu 1’254 choses à faire ces derniers temps !

Linda

Linda vivait dans un joli appartement avec Pierre, son petit garçon de 8 ans et Fred, son mari. Ils n’étaient ni heureux, ni malheureux et vivaient une vie sans éclat. Elle travaillait à mi-temps pour avoir du temps pour leur fils et pour tenir la maison. Lui partait 11 heures par jour pour un poste de comptable dans la ville d’à-côté.

La vie bascula un matin, alors que personne ne s’y attendait. Sylvie, une voisine, avait proposé à Linda de recevoir un démarcheur: elle gagnerait une prime, Linda aussi, et le démarcheur pourrait travailler. Tout le monde y gagnait.

Une fois Pierre parti pour l’école, Linda fait un brin de ménage. Même si on venait lui vendre un aspirateur, ce n’était pas une raison pour que le démarcheur doive faire le ménage en arrivant! Elle redresse une rose dans le vase. Sa mère les lui a apportées dimanche. Elle déteste les fleurs coupées, pourtant, sa mère devrait le savoir… Elle prépare du café, arrose ses 3 plantes vertes (Fred n’aime pas ça, alors elle n’en a pas autant qu’elle l’aurait voulu, mais enfin, elle en a).

Aussi ponctuel qu’un train suisse, le vendeur sonne à la porte à 9 heures.
Linda ouvre la porte et fait entrer son hôte, auquel elle offre du café.

Elle l’écoute distraitement présenter son appareil ménager. Elle doit bien avouer qu’elle n’a aucun intérêt à cet achat. L’engin est encombrant et bruyant. Exactement les deux raisons pour lesquelles elle n’a pas d’aspirateur.

D’emblée, Linda aime ce timide démarcheur. Elle ne sait même pas son prénom, mais il lui semble plein d’intelligence et capable d’empathie, bien plus que son mari, en tout cas! Au lieu de le laisser présenter son appareil, elle babille avec lui tout le temps du rendez-vous.

Au moment de partir, il lui remet sa carte, non sans lui avoir présenté le bon de commande. Elle a 7 jours pour se rétracter, ajoute-t-il. Amos de Veppi… C’est le nom qui est inscrit sur la carte. Est-il marié? Il porte un alliance, certes (mais Georges, le meilleur ami de son mari, qui est célibataire, en porte une aussi, c’est le seul souvenir qu’il a de son père parti trop tôt). Linda se prend à rêver à ce que pourrait être sa vie avec Amos. Comme sa femme a de la chance. Cet homme, cet homme lui fait tourner la tête! Elle qui est si sage d’ordinaire et qui ne porte aucun intérêt aux autres individus de sexe masculin, rougit en formulant cette pensée. Elle signe. Bien sûr qu’elle signe. Bon de commande en poche, Amos s’en va. Ils se saluent sur le pas de la porte. Linda aimerait bien le retenir, mais cela ne se fait pas. La porte fermée, Linda revient s’asseoir sur le canapé. Amos a oublié son stylo.

Les jours passent. Amos hante l’esprit de Linda. Comme une adolescente, une après-midi, utilisant le stylo oublié, elle a noirci une page entière du prénom aimé. Elle s’est amusée à signer Linda de Veppi. Bien vite, elle brûle la feuille compromettante.

Le cinquième jour, elle l’appelle. A la troisième sonnerie, il répond. Elle veut annuler sa commande. Et elle veut surtout lui rendre son stylo. Elle lui donne rendez-vous en milieu d’après-midi dans un bistrot proche de son travail. Elle s’y prépare comme pour un rendez-vous galant. Dix minutes avant l’heure, elle est déjà attablée. Amos arrive.
« – Laisse-moi parler, lui dit-il, depuis notre rencontre, je ne pense plus qu’à toi. Cent fois j’ai voulu t’appeler, cent fois j’ai renoncé. Je crois… je crois que je t’aime. »
Et Linda, cœur de guimauve, fond devant cet aveu. Les événements se précipitent. De part et d’autre, les divorces sont mis en route. En quelques mois, les choses se règlent dans les deux foyers. Véronique envoie une lettre à Linda, ne comportant que deux mots: « Bon courage! ».

Et voilà nos tourtereaux installés ensemble. Pierre leur tient compagnie une semaine sur deux. Linda tombe enceinte. Tout va pour le mieux. La vie en rose?
Eh bien non, car depuis le jour où Amos a commencé à vivre avec elle, le doute, le terrible doute, taraude Linda, l’assaille, ne lui laissant ni tranquillité, ni joie de vivre, ni répit.
Et si, et si Amos tombait amoureux d’une autre cliente????

J’avais envie d’explorer l’autre facette d’une même histoire. Comme vous l’avez certainement constaté, celle-ci est donc intimement liée à l’histoire d’Amos publiée la semaine dernière.

Mon couple à moi va bien mais mes dernières histoires sont des affaires de couple un peu moroses… J’aime mieux cela que le contraire!

Voili, voilà. Jill Bill, il faudra prendre bien soin de Petit Pierre dans la cour de récré, tu vois les tumultes familiaux qu’il traverse!

Amos

Il est 9 heures. Amos de Veppi sonne à la porte. Il vend des aspirateurs et la dame qui habite ici a accepté de le recevoir.

La femme vient lui ouvrir.

L’intérieur est propret. Une douce odeur de pêches flotte dans la pièce à vivre. « Pas besoin de mon aspirateur ici » pense Amos. La maîtresse des lieux lui propose de prendre place, puis lui offre un café, ou un thé, comme il lui plaira.

Amos se sent si bien chez elle. Il présente son appareil, elle le coupe sans arrêt, lui parlant de son fils de 8 ans qui joue aux lego… Peut-on récupérer les petites pièces dans le sac à poussière? Patiemment, Amos démonte l’appareil, celui-ci n’a pas de sac, seulement un récipient qu’il faut vider régulièrement. On y retrouve intactes les petites briques. La voilà rassurée. Elle se détend. Elle parle d’elle.
Et ce qu’elle dit, sa vie qu’elle dépeint à grands traits, touche Amos au plus profond de lui. Il aimerait ranger son aspirateur et l’écouter. Il aimerait tout savoir de cette femme, ordinaire, qui le reçoit. Il aimerait savoir qui lui a offert ce bouquet de roses qui trône sur la table. Ami, mari, amant? Ce sont des questions qu’on ne pose pas! Cependant, qui? Qui partage la vie de cette femme? Est-ce le père du petit garçon? Pas une photo au mur ne lui donne d’indication. Rien ne traîne, il ne peut donc chercher d’indices dans cet appartement. Il n’a pas regardé attentivement le nom sur la sonnette…
Elle continue à raconter des anecdotes… « Prenez ces fleurs, par exemple, sur la table! C’est ma mère qui me les a offertes. Je déteste les fleurs coupées, ce ne sont que des cadavres… Est-ce qu’on offrirait un cadavre? Moi, j’aime les plantes en pots, pleines de vie. Mais mon mari, ça le dérange… Il trouve qu’elles perdent leurs feuilles, prennent de la place, et bouchent la lumière. Alors, j’en ai ici et là, mais pas trop. Pas assez à mon goût. C’est pas facile de vivre en couple! » Tiens, dans une seule tirade, elle vient de lui offrir deux réponses à ses questions. En outre, elle lui a dit ses difficultés de couple.

Amos se reprend… « Mais enfin, Amos, où en es-tu? Tu es là pour vendre un aspirateur, pas pour trouver une épouse… Te souviens-tu que tu en as une, déjà, à la maison? » lui souffle sa conscience. « Oui, parlons-en de Véronique, lui répond son cœur… Tout est toujours compliqué avec elle. Elle n’est jamais contente. Elle râle tout le temps, elle ne veut pas d’enfants, alors que moi, j’en rêve. Et puis, dès qu’elle voit une amie enceinte, elle pousse des cris d’envie… à n’y rien comprendre. Avec cette femme, ici, la vie semble si douce, tout semble si facile… il suffit de pouvoir rattraper les lego dans l’aspirateur! »

L’entretien touche à sa fin. Amos n’a pas prononcé la formule magique « unique sur le marché ». Il n’a pas non plus placé l’argument de « l’hygiène parfaite ». Sincèrement, il a été nul. Il lui fait quand même signer le bon de commande, lui rappelant qu’elle a 7 jours pour se rétracter. Et il lui laisse sa carte de visite. Il remercie pour le café et il s’en va.

Une fois au volant de sa voiture, il se rend compte qu’il a laissé son stylo chez cette douce cliente.

Voili, voilà. Jill Bill, tu vois ce qui se passe dans les foyers pendant que tu t’occupes des mômes??

Myriam

Edgar avait connu Myriam au lycée, dans la cour de récré. Ils n’étaient pas dans la même classe, mais ils s’étaient sentis proches, complices, dès les premiers instants. Edgar était malheureux à la maison. Myriam aussi. Comme deux âmes en perdition, ils s’étaient attachés l’un à l’autre. Ils n’étaient pas amoureux, pas vraiment. Mais si l’un d’entre eux avait fait un pas dans ce sens, c’est certainement un couple qui aurait tenu contre vents et marées, parce qu’ils avaient suffisamment de proximité d’âme pour que cela colle, suffisamment de tendresse pour prendre cela pour de l’amour.

Mais ni l’un ni l’autre ne fit jamais ce pas-là. Ils se confièrent leurs béguins, Myriam aida même Edgar à conquérir une jeune lycéenne. L’idylle fut de courte durée et Myriam consola Edgar lorsqu’ils rompirent.
Edgar à son tour consola Myriam lorsque son petit ami la plaqua. Il la consola encore lorsque le suivant se fit attraper en train de vendre de l’herbe, et d’autres drogues plus néfastes à des collégiens. Il la soutint quand elle apprit qu’elle était enceinte du jeune prisonnier et qu’elle décida de garder l’enfant alors qu’elle n’avait même pas son bac.

Les chemins des lycéens se croisent et se décroisent. Edgar changea de lycée et Myriam resta dans celui qui avait permis leur amitié. Myriam pensait lui demander d’être le parrain du bébé, mais Edgar ne donna plus signe de vie. Elle accoucha seule, sans soutien, le père en prison, Edgar faisant le mort et ses parents l’ayant mise dehors lorsque son ventre commença à pointer.

Edgar avait rencontré une autre lycéenne et s’installa avec elle. Il n’atteignit jamais avec elle la proximité qu’il avait vécue avec Myriam. D’abord, les deux jeunes filles étaient différentes, ce qui est déjà une explication. Et puis, la vie les ayant éloignés, la vraie Myriam s’effaça, ne laissant d’elle dans la vie d’Edgar qu’une marque vaporeuse et idéale. Même s’il vivait avec Blandine, Edgar continuait à vivre dans son âme avec Myriam, et jamais il ne permit à une autre d’avoir accès à cette partie de son intimité

Alors que sa femme attendait un enfant, Edgar eut l’occasion de renouer avec Myriam grâce aux réseaux sociaux. Jamais il ne regrettait d’avoir épousé Blandine, mais toujours il lui fut lourd de ne pas être aussi proche d’elle que de Myriam. Il lui reconnaissait plein de qualités et il était très amoureux d’elle, mais il lui semblait toujours qu’avec Myriam, les choses auraient été plus douces, plus agréables. Parce qu’avec elle, ils se comprenaient sans avoir besoin de ne rien dire, alors qu’avec Blandine, il fallait toujours tout expliquer, et de toutes façons, elle ne comprenait finalement jamais qui il était, ce qu’il aimait, ce qui le faisait vibrer. Il passait du bon temps avec Blandine, mais Myriam l’idéale lui manquait.

Chaque matin, il se connectait juste pour souhaiter une douce journée à Myriam. Chaque soir, avant d’éteindre, il lui souhaitait une belle nuit. Il était heureux: Blandine dans son lit, Blandine dans sa cuisine, Blandine portant leur enfant, et Myriam dans sa vie, Myriam dans ses pensées, Myriam dans son âme. Myriam comme confidente et Blandine comme amante. Il ne se sentait pas infidèle et s’en défendait vertement. Mais Blandine souffrait, Blandine s’aigrissait, sans comprendre pourquoi la vie de couple devenait si étouffante et si pénible, alors qu’ils auraient dû se réjouir de l’arrivée du bébé et s’épuiser aux préparatifs. Et Edgar ne la supportait plus, tout en refusant l’idée même de se séparer de la mère de son enfant. Désespéré, il s’en ouvrait à Myriam, sans jamais lui dire, bien sûr, qu’elle était la raison de cette tension. Elle lui donnait des conseils pour prendre soin de leur couple, pensant que la grossesse était la source de cette instabilité.

Edgar savait qu’il fréquentait une autre femme que la sienne, mais comme il n’y avait pas de sexe entre eux, il ne s’estimait pas infidèle.
Blandine sentait une incompréhension dans son couple, mais n’arrivait pas à en trouver l’origine, n’ayant jamais seulement entendu parler de Myriam.
Myriam, déjà mère, savait quelles difficultés traversent les couples dans ces moments, et ne saisissait pas l’entier du problème.

Vint le jour où l’enfant pointa le bout de son nez. Ils savaient qu’ils attendaient une fille mais n’avaient pas encore choisi de prénom, par superstition. Conduisant la voiture, Edgar se tourna vers Blandine et lui demanda, à brûle-pourpoint: « Et Myriam, que penses-tu de ce prénom? » Blandine, trop heureuse qu’enfin ce père indigne s’intéresse à son enfant, s’empressa d’accepter. Il n’avait peut-être pas fait grand’chose pour elle durant cette grossesse, mais au moins se préoccupait-il du prénom de l’enfant, ce qu’elle prit pour un signe fort de son attachement au bébé.

Edgar continuait sa correspondance effrénée avec Myriam. Il lui fit part de la naissance, lui dit sa joie d’être père (ce qu’il n’avait pas non plus jugé utile de partager avec Blandine) et l’informa du prénom choisi en son honneur. Si elle fut touchée, elle n’en laissa rien paraître, et profondément, Edgar fut blessé. A qui en parler? ni à Myriam, ni à Blandine, les deux personnes dont il était le plus proche et dont il avait le plus besoin.

Un jour où Edgar avait laissé son ordinateur allumé, Blandine passait par là, elle vit une conversation ouverte entre Edgar et son âme sœur (pas de prénom, juste cette mention). La conversation ne comprenait qu’une seule phrase, de la main d’Edgar: « Tu me manques ». Pensant à une maîtresse, Blandine comprit en un instant la raison des tensions entre eux. Sans pleurs, sans heurts, en silence, elle prit son bébé, ses affaires, et partit à l’autre bout du pays, vivre sa vie. Elle éleva Myriam seule, sans jamais savoir d’où lui venait ce prénom. Comme Edgar ne la recontacta pas, se contentant de signer tous les papiers que son avocate lui fit parvenir, Blandine pensa qu’il filait le parfait amour avec son âme sœur et qu’elle avait bien fait de libérer le plancher.

Edgar ne voulut jamais comprendre pourquoi Blandine l’avait quitté. Mais lorsqu’il expliqua à Myriam le départ de Blandine, ignorant toujours tout de l’histoire, son amie de toujours le réprimanda. Lui rappela qu’il fallait prendre soin d’une jeune accouchée, et lui montrant qu’il n’avait pas été à la hauteur. Elle lui dit sa déception de comprendre qu’il n’était qu’un rustre. Elle refusa dès lors de continuer tout échange avec lui. Et Edgar resta seul, écartelé entre deux femmes qu’il idéalisait autant l’une que l’autre et paralysé à l’idée de mal faire.

Voili, voilà. Jill Bill, une petite place à la cour de récré pour ces grands lycéens attardés?

Baudoin

Depuis le lycée, Baudoin s’était toujours entendu qualifier de gendre idéal. Beau garçon charmeur mais sage, toujours poli, il séduisait les mères de la paroisse qui cherchaient à marier leurs filles: elles voyaient en lui l’homme qui allait permettre à leur princesse de devenir reine.

Comme beaucoup de garçons de son âge, il avait eu quelques aventures entre 17 et 25 ans. C’étaient toujours les filles qui se lassaient de sa présence. Elles le trouvaient trop prévenant, trop précieux, trop attentionné, trop serviable, trop présent, trop aimable, trop gentil (ne pas rayer, il n’y a pas de mention inutile, il était tout cela à la fois). Et lui, qui avait mis tout son cœur de chevalier à les servir, ne comprenait pas où il s’était trompé.

Il avait résolu qu’il n’était pas fait pour la vie de couple. Il s’engagea dans sa paroisse, où ses qualités de service étaient pleinement appréciées (et exploitées).

Un soir, le pasteur lui téléphona. Il était âgé et ne comprenait pas tout à la jeunesse. Il lui exposa son problème: dans le temple se trouvait une jeune femme. Elle priait. Elle pleurait. Elle invectivait le Seigneur avec un vocabulaire fleuri. Il avait essayé de lui parler, mais elle l’avait traité de vieux schnock et l’avait envoyé se faire f***. Il hésitait à appeler la police puisque la jeune femme troublait l’ordre public. Mais elle priait, aussi, et elle avait besoin de soutien spirituel, il le sentait bien. Est-ce que Baudoin, lui qui était jeune, serait disposé à venir au temple pour voir s’il pouvait discuter avec elle? Le pasteur serait dans son bureau en cas de problème. Et si rien n’y faisait, ils appelleraient la police pour la faire évacuer.

Baudoin renonça à la soirée de tarot qu’il avait prévu de partager avec d’autres internautes. Ce n’était pas grave en soi, mais cela faisait plusieurs jours qu’il se réjouissait.

En quelques minutes, il fut au temple. Il discuta encore quelques minutes avec le pasteur, puis entra. Le futur retraité n’avait pas menti. La prière de la jeune femme était pour le moins surprenante. Elle prenait le Seigneur à parti, lui reprochant ce qu’elle vivait, mais lui demandant aussi de l’aide et de la tendresse.

Tout d’abord, Baudoin s’assit sur une chaise au fond. Il se concentra et il pria, silencieusement pour sa part. Il voulait trouver les mots justes et l’attitude adéquate pour accoster la jeune femme sans la braquer.

Elle sanglotait comme une enfant maintenant. Elle voulait savoir pourquoi elle souffrait autant. Baudoin s’approcha. Il lui tendit un mouchoir en papier. Peut-être qu’elle souffrait d’avoir trop aimé? Oui, exactement, c’était cela. Elle avait trop aimé ce connard qui l’avait laissé tomber pour une vieille! Elle avait trop aimé ce salaud qui ne pensait qu’à la baiser. Elle avait tout donné à ce pervers qui s’était bien foutu d’elle. Baudoin lui fit remarquer qu’un tel vocabulaire n’avait pas sa place dans un temple. Etonnée, la jeune femme lui demanda s’il pensait que Dieu l’en aimerait moins? Pris de cours, Baudoin la laissa continuer. Elle s’appelait Sandy. Et elle était malheureuse, comme il avait pu s’en rendre compte. Gêné d’un tel vocabulaire, il l’invita à venir chez lui, où il pourrait lui offrir un thé. Le pasteur, soulagé, les vit sortir du temple. Il pouvait fermer boutique et aller se coucher.

Les voilà donc bras dessus, bras dessous, elle n’avait rien d’autre que sa tristesse comme bagage. A minuit, il décida qu’elle pourrait bien passer la nuit chez lui. Il déplia pour elle le canapé du salon et lui proposa une brosse à dent. Le lendemain matin, il lui offrit un petit déjeuner reconstituant. Elle décida qu’elle pourrait bien passer la semaine avec lui. Baudoin, naturellement, prodiguait sa gentillesse et sa générosité. Sandy recevait ses attentions comme une pluie rafraîchissante. Sa douceur l’aidait à panser ses blessures. Une fois calmée, elle usait d’un vocabulaire tout à fait classique! Après une semaine, ils décidèrent d’un commun accord de replier le canapé du salon et de faire chambre commune. Leur idylle était parfaite.

La mère de Baudoin arriva un jour à l’improviste. Baudoin travaillait et sa mère avait vu le reflet de la télévision. Elle avait pensé que son fils avait oublié de l’éteindre et était montée pour le faire à sa place. Sandy l’invita à boire un thé et les voici comme deux copines de toujours. Il faut dire que la mère avait depuis longtemps envie que son grand garçon trouve chaussure à son pied. Sandy lui paraissait tout à fait parfaite et la voilà qui invite les tourtereaux à souper. Tout se passa bien, le père fut aussi réjoui que la mère de cette peut-être future bru.

Sandy se jeta alors à l’eau, et proposa à son tour une invitation dans sa famille. Elle appela ses parents pour arranger le rendez-vous.

Et le souper fut une catastrophe. Rien n’alla. Les parents furent réticents dès le départ, puis franchement agressifs. Et ce fut le clou de la soirée lorsque Baudoin répondit qu’il est protestant. Il fut mis dehors par les parents de Sandy, son père lui donna un coup de pied et la mère claqua la porte. Hébété, Baudoin se retrouva sur le trottoir. Il entendit des cris dans la maison de sa dulcinée. Puis la porte claqua une nouvelle fois et Sandy apparut sur le trottoir à ses côtés. Ils rentrèrent. Pour une fois qu’il s’entendait avec la fille, c’est avec les parents que ça ne collait pas… Vous avez dit gendre idéal?

Voili, voilà, Jill Bill, une place dans ta cour de récré pour le gendre idéal?

Oulalalala! Il est long, ce texte, de nouveau!

Gül

Gül est nigériane. Elle doit son prénom à son arrière-grand-mère, qui, elle, était turque. On n’a jamais très bien su pourquoi ni comment elle était arrivée au Nigéria, mais enfin, elle s’y était mariée et avait eu 18 enfants.

Gül vient d’arriver en Suisse, amenée ici, avec ses parents, ses deux frères, sa sœur, un oncle veuf dont les enfants ont été tués sous ses yeux, une cousine enceinte, par un passeur. Ils ont donné tout ce qu’ils avaient pour venir, dans l’espoir de trouver ici un monde meilleur.
Un monde où l’on puisse dormir la nuit sans crainte d’être réveillé.
Un monde où son père serait à l’abri de la police et de ses tortures indicibles.
Un monde où elle pourrait jouer dans la rue sans risque de se faire violer.
Un monde où elle aurait le droit d’apprendre à lire et à écrire, même en étant une fille.
Un monde plus humain que celui qu’elle a connu jusqu’à ce jour.

Il fait froid. Il fait nuit. La famille a été déposée à Vallorbe. Les enfants sont fatigués. Du haut de ses 4 ans, Gül pleurniche. Le voyage n’en finit pas. Ils errent dans ce village de montagne, où tout le monde est paisiblement endormi. Ils cherchent le centre d’enregistrement et de procédure, première étape de leur longue intégration en Suisse. Ils sont seuls au monde et ils écoutent le silence, qui paraît presque irréel. De temps en temps, on entend un train, et puis plus rien. Une heure sonne au clocher. L’oncle se demande si vraiment, ils sont dans le bon village.

Une femme apparaît. Elle est jeune, elle court. Quand elle les voit, elle s’arrête. Les enfants ont peur. Est-elle de la police? Va-t-elle leur créer des ennuis? Ou les insulter, comme ce vieux monsieur en Espagne alors que tout le monde dormait sur les bancs dans un parc? D’un pas décidé, elle vient vers eux. Elle a l’air gentille, mais il faut rester sur ses gardes. Peut-être qu’elle va les voler? A cette pensée, la mère sourit: que pourrait-elle voler, alors qu’il ne leur reste rien! Peut-être qu’elle fait partie d’un réseau qui enlève les enfants? Gül sert plus fort la main de son père. Elle a peur et sent que les siens ressentent la même chose.

La jeune femme leur parle dans une langue incompréhensible. Mais la famille sent, à son ton, qu’elle ne leur fera pas de mal. La cousine, avec son fort accent, demande: « Vallorbe? ». La jeune femme parle alors en anglais. Gül ne comprend que quelques mots, elle ne parle que l’Igbo, mais certains au village parlaient anglais; le chef, le maître d’école, son père, et d’autres encore, les hommes surtout. Le père explique qu’ils cherchent le centre. La jeune femme propose de les y conduire. Elle les guide dans les ruelles. Après quelques pas, elle demande les prénoms des enfants. Elle leur parle, leur souhaite la bienvenue. Elle propose de porter Gül, car elle sent la fillette à bout de forces. Elle la prend dans ses bras et Gül s’endort contre son épaule, bercée par le rythme de ses pas et le son de sa voix. La jeune femme s’enquiert de leur épopée.

Guidée, la famille avance rapidement. Il y a un petit chemin, et de la lumière dans une petite pièce attenante à un grand bâtiment. Un policier, ou un gardien, arrive, et explique que les procédures ne peuvent avoir lieu la nuit. Par contre, la famille peut dormir dans la petite pièce éclairée, en attendant le matin. Il apporte des couvertures.

La jeune femme dépose son précieux fardeau sur un banc. Elle l’embrasse sur le front, la borde. Elle souhaite bonne chance à la famille, puis elle disparaît dans la nuit, comme elle était venue, en courant.

Pour la famille, l’aventure suisse ne fait que commencer. Auront-ils le droit de vivre ici, de grandir en sécurité? Pour l’instant, nul ne le sait. Rentrée chez elle, la jeune femme prie. Elle sait qu’elle n’aura jamais de nouvelles de cette famille, mais de tout cœur, elle souhaite que son pays les accueille. Le lendemain, Gül se remémore ce visage qui n’a pas de nom. Dans son cœur, la jeune femme s’appellera « Nnwere », ce qui signifie Liberté.

Voili, voilà. Je fais partie de ceux qui espèrent toujours que notre pays sache ouvrir ses portes à ceux qui en ont besoin. Nous avons eu la chance de naître ici et maintenant, mais nous ne sommes ni plus méritants, ni plus honnêtes, ni plus gentils, ni plus dignes… juste plus chanceux… alors pourquoi refuser de partager cette chance avec d’autres?
Et me voilà bien triste qu’un de nos partis nationaux promette aujourd’hui de réduire de moitié l’immigration l’an prochain.

Mathurin

Je m’appelle Mathurin.

Je vais, je viens, dans la maison, sur le balcon, dans le jardin.

J’adore les câlins, les papouilles et qu’on me fasse de grands sourires. Mais seulement quand j’en ai envie.

J’aime sauter dans les salades et attraper les lézards qui se prélassent sur la terre réchauffée par le soleil. Je leur croque la tête et je les dévore. C’est très savoureux. Vous devriez goûter.

Un autre de mes mets préférés, c’est le saumon fumé. Dès que j’en sens l’odeur en entrant dans la cuisine, je le recherche. Et je finis par le trouver, et je le dévore alors sans partager avec qui que ce soit.

J’aime aussi boire du lait dans une tasse. Avec du chocolat, c’est meilleur encore. Et j’ai de la chance, dans ma famille, il y a toujours une tasse de lait sur la table. Souvent, quelqu’un a oublié de la boire, ou bien est parti de la maison si vite que la tasse est restée là.

Et j’aime aussi boire l’eau des toilettes. Ne faites pas les dégoûtés. L’eau des toilettes, c’est de l’eau potable. Si, si, elle vient du même robinet que celle qui vous mettez soigneusement dans une jolie carafe sur la table. D’ailleurs, j’aime bien aussi boire l’eau dans la carafe. Mais ce n’est pas la peine de m’en servir, car alors, je ne la boirai pas.

Oui, je suis égoïste, capricieux, un peu caractériel… Normal, je suis Mathurin le chat de la famille. Et pour reprendre une citation de Rudyard Kipling, qui avait dû sacrément observer mes congénères, « Je suis le chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour moi. » J’ajouterai : du moment qu’il y a des tasses de lait, du saumon fumé et des lézards !

Voili, voilà, un petit chat sera-t-il accepté dans la cour de récré de Jill Bill ??

Roxane

Roxane est en vacances chez Granny et Beepaw. Ce sont les parents de Daddy. Dans la classe, tout le monde dit papa, sauf Roxane. Quand elle était à l’école maternelle, elle croyait qu’elle n’avait pas de papa: elle, elle vivait avec Daddy et Maman… Depuis toujours, elle parle français avec Maman et anglais avec Daddy.

Granny est venue la chercher en France. Après un long voyage, elles arrivent enfin à Hiawatha, dans le Kansas. Roxane est étonnée de tout ce qu’elle voit. Tout est différent ici, même la façon qu’ont les gens de prononcer son prénom! Elle dormira cette nuit dans le lit-voiture de Daddy, quand il était enfant. Elle jouera sur le toboggan en forme de dragon que Beepaw avait fabriqué pour lui. Elle n’en revient pas. Tous ces objets semblaient issus de l’imagination de Daddy, Roxane était persuadée qu’ils n’existaient pas, et voilà qu’elle peut les toucher et les utiliser.

L’entente avec Granny est parfaite. Elles se connaissent depuis longtemps: Granny vient chaque année au mois de juin. Mais elle n’avait jamais vu Beepaw que sur Skype ou en photo. Il faut apprendre à se connaître.

Toute la journée, la radio anime la vie de la cuisine. Il faut se taire à 8h30 pour écouter les informations, puis à 9h21 pour la minute chrétienne. Le reste du temps, on peut bavarder, rire, chanter plus fort que la radio… Pas de télé chez Granny et Beepaw. Le soir, on se tient au salon. Granny lit une histoire. C’est encore plus drôle quand elle lit en français, Roxane doit sans cesse la reprendre, elle essaie de lui faire prononcer correctement certains mots qui sont impossibles pour la pauvre grand-mère. Les r et surtout les u lui donnent du fil à retordre.
Parfois, il n’y a pas d’histoire. Beepaw choisit un disque. Pas un morceau sur un MP3 comme Roxane, ni même un CD comme Daddy ou Maman, non, un grand disque noir, qu’on voit tourner sur le phonogramme. Doucement, Beepaw dépose le disque sur la platine, puis il déplace le bras, et le diamant touche le disque. D’abord, il y a quelques chuintements et bruissements, puis la musique commence. La première fois, c’était Fidelio de Beethoven par Maria Callas. Un autre soir, les Carmina Burana de Carl Orff. Une autre fois, la Flûte enchantée de Mozart, Roxane adore l’air de la Reine de la Nuit, qu’elle demande à Beepaw de lui faire écouter encore une fois. Ce soir, c’est les Quatre saisons de Vivaldi… Roxane écoute attentivement. Puis, au bout de quelques minutes, elle demande « Beepaw, est-ce que c’est la version karaoké? »

Voili, voilà, l’histoire de Roxane, qui aura bien des choses à raconter à la rentrée dans la cour chez Jill Bill!

J’ai constaté que mes textes-prénoms sont de plus en plus long et je crains que personne ne les lise: moi la première, je n’aime pas lire un long texte sur un cybercarnet… Donc, je reviens à un texte plus court, avec un mot d’enfant… déjà entendu ici!

Pavel

Lundi après-midi. Il est 4 heures. Je suis dans le train, je rentre du travail. Je pense à ce que je vais faire à manger ce soir. Je pense à mon programme de demain, j’ai deux dossiers à boucler, dont l’un très urgent… et déjà en retard.

Et, comme à mon habitude, je regarde les gens autour de moi et j’imagine ce que peut être leur vie. C’est ainsi que naissent souvent les nouvelles que j’écris. Que font-ils ?

Ma voisine dort, ou, pour le moins, somnole. Elle semble exténuée. Qui est-elle ? Etudiante ayant bûché tard hier soir ? Jeune maman aux nuits trop courtes ? S’est-elle disputée avec sa moitié durant la nuit ? Je ne le saurais jamais. Mais j’aime imaginer…

En face d’elle, un jeune homme qui voyage avec une drôle de valise méatlique. Au vu de sa forme, celle-ci renferme certainement un instrument de musique, mais je ne saurais dire de quoi il s’agit… Un instrument à cordes, vraisemblablement… Ecouteurs sur les oreilles, il semble dans une bulle, ailleurs…

A ma gauche, le paysage est magnifique. Quel que soit le temps, voyager entre Lausanne et Aigle est toujours un moment de pur plaisir. Le Léman scintille aujourd’hui sous le soleil qui joue à cache-cache avec les nuages.

En face de moi, un homme s’installe. Il a une pomme à la main. Contrairement aux autres voyageurs, Pavel n’a pas envie de rester seul. Il commence à me raconter sa vie… Moi qui aime tant imaginer celle des gens, en me basant sur un détail ou l’autre qui nourrit mon imagination, je n’ai rien le temps d’imaginer au sujet de Pavel. C’est un vrai roman fleuve qu’il est en train de déclamer… C’est sa vie…

Il a 50 ans. Il vit seul depuis que sa femme est partie avec sa coiffeuse. Il s’ennuie et joue à Candy Crush. Il me demande à quel niveau j’en suis… et ouvre des yeux ébahis lorsque je lui annonce que je ne possède pas de mobile. Plus encore quand je lui explique que c’est pour des raisons écologiques et par respect de ceux qui les fabriquent dans des conditions honteuses… Mais il est peu sensible à mes arguments… « Prêchi-prêcha », me dit-il d’un ton moqueur!

Il sort son mobile et me montre. Il tient à m’expliquer le principe. Dont je me contrefiche, mais je n’ose le lui dire…

Voyant que j’ai décroché, il revient sur sa vie… Comme disait José Artur, « Parlons de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse ». Bref. Il aimerait voyager, mais il a peur de l’avion. Il n’a pas eu d’enfants, il n’en voulait pas, c’est bruyant, ingrat et ça coûte cher… Il me dit « Vous êtes de mon avis, non ? » Il ne me demande pas si j’ai des enfants. J’acquiesce vaguement. Je ne saurais lui donner tort: oui, les enfants sont bruyants… et pire, on le devient aussi quand on est parents, on crie, on tempête… oui, les enfants sont ingrats… ils en veulent toujours plus et ne sont jamais prêts à lever le petit doigt… oui, les enfants ça coûte cher… chez nous, rien que cette semaine, 3 cartes d’identité à refaire pour Mlles n°1, n°3 et n°4 pour cause de voyages scolaires imminents (3 fois 36 francs, plus 3 fois 25 francs de photo d’identité…), un vélo à acheter d’urgence Mlle n°2 qui en a besoin et qui s’est fait voler le sien durant la nuit de vendredi à samedi. Une trottinette à racheter (pour la même Mlle n°2 car celle reçue pour son anniversaire, bien que chère, s’est avérée de mauvaise qualité) et deux autres à réparer, car les roulements à billes s’usent très vite sur le chemin pavé qui mène à l’école… Mais j’ai quand même fait 6 enfants. Ce que je m’abstiens de lui dire.

Il ne prend presque jamais le train. Trop cher, trop lent, trop compliqué. La voiture offre tellement plus de liberté… pourquoi les gens s’entêtent-ils à emprunter les transports en commun? Ne suis-je pas de son avis? Alors là, non, pas du tout. D’abord, je n’ai pas de voiture. Sitôt que j’ai dit cela, le sujet de l’intéresse plus et il passe à autre chose.

Il aimerait bien rencontrer quelqu’un comme moi – ! – pour sortir et se balader et boire un verre et discuter.
Est-ce que je serai d’accord de le revoir? Ah ben non, plutôt pas, 35 minutes de conversation m’ont suffi pour me rendre compte qu’il est indifférent aux autres et hermétique aux pensées différentes des siennes!
Est-ce que je voudrais bien avoir son numéro de mobile? Ben, non, justement, je n’aimerais pas avoir son numéro.
Il a deux places pour un concert vendredi soir, est-ce que cela me tenterait d’y aller avec lui ? Euh, non, sans façon, merci Pavel… Le vendredi soir, je suis occupée…
Dommage pour vous, me dit-il en descendant du train à Bex, je vais voir Anach Cuan… Au revoir, au plaisir!
Anach Cuan?? Le train démarre et m’évite de céder… Anach Cuan, quand même!!! Oui, mais une soirée complète avec Pavel… Non, c’est résolu, si je veux aller les voir, je paierai ma place!

Cette nouvelle-ci, contrairement à ce que j’écris d’ordinaire, est largement autobiographique… mais pas que ! Par contre, toutes les autres nouvelles que vous avez pu lire ici sont purement fictives. Les rares fois où ça n’était pas le cas, je l’ai mentionné clairement. Je suis touchée de vos commentaires; très souvent, je vois que mes fictions rejoignent certaines réalités de vie…

Voili, voilà, merci de votre lecture.