Charlotte

– Demain, c’est Noël, demain, c’est Noël, demain, c’est Noël! clame Charlotte tout au long de la journée…
– Non, reprend Maman, demain, c’est la veille de Noël.
– Ben alors, quand est-ce qu’il vient, le Père-Noël?
– Eh bien, il vient la nuit entre la veille de Noël et Noël, la nuit du 24 au 25 décembre.
– Et j’ouvrirai mes cadeaux le 25??
– Ben oui.
– Bon, alors j’en garderai un pour Abraham de ma classe, parce que lui, il n’en aura pas, parce qu’il est pas gentil.
– Comment ça, il n’est pas gentil?
– Ben oui, il est pas gentil, parce qu’il est juif.
– Mais, Charlotte, tu aimes beaucoup Abraham, tu es tout le temps en train de jouer avec lui, et tu ne le trouves pas gentil, juste parce qu’il est juif??? Qui t’a mis en tête une idée pareille?
– C’est la dame du catéchisme.

Maman est perplexe. Chrétienne convaincue, pratiquante, elle envoie sa fille au catéchisme en dehors de l’école, mais si c’est pour l’entendre proférer de telles horreurs, c’est sûr, sa fille ne continuera pas. Immédiatement, elle téléphone à Sophie, la catéchiste.

– Sophie, ce que j’ai à te dire est un peu délicat, surtout si près de Noël, mais j’aimerais que Charlotte arrête le catéchisme. Je ne supporte pas l’anti-sémitisme que tu répands dans tes cours. D’autant qu’Abraham, le meilleur ami de Charlotte, est juif lui-même.

Sophie reste sans voix. Elle ne voit pas de quoi parle la maman de Charlotte. C’est vrai que dans le Nouveau Testament, les juifs n’ont pas toujours le beau rôle, mais elle essaie toujours de faire comprendre aux enfants le sens caché des textes. Elle réfléchit aux dernières leçons… Vraiment, elle ne trouve rien à se reprocher qui puisse être vu comme de l’anti-sémitisme. Elle propose une entrevue entre le prêtre, la maman (et le papa aussi s’il désire venir), Charlotte et elle-même, Il est important de tirer cette histoire au clair. Rendez-vous est pris, après les vacances de Noël.

Mercredi 6 janvier, voici réunis Charlotte, la maman, le papa, l’Abbé Gilles et Sophie. Personne n’est très à l’aise…

Sophie commence la discussion, demandant à Charlotte de s’expliquer. Avec naturel, la petite fille rappelle la visite à l’exposition sur Saint-Paul, et les explications de Sophie. Paul est l’apôtre des gentils. Les gentils, ce sont les gens qui viennent des autres nations, qui ne sont pas juifs, ce sont les goyaves, précise-t-elle même. Donc les juifs ne sont pas gentils. Mais elle aime beaucoup Abraham, même-s’il-n’est-pas-gentil-parce-qu’il-est-juif. Charlotte est très fière d’avoir si bien retenu la leçon.

Le soulagement se peint sur les traits de Sophie. L’Abbé Gilles réprime un fou-rire. Mais les parents, eux, restent furieux.

Sophie et l’Abbé se donnent la peine d’une rapide leçon de catéchisme aux parents. L’Abbé précise même que la seule erreur dans l’exposé de Charlotte est d’avoir parlé de goyaves, il s’agit en fait du mot hébreux Goyim גוי.

Les parents sont rassérénés en comprenant leur erreur. Sophie et l’abbé sont heureux de constater qu’il ne s’agissait que d’un mal-entendu. Et Charlotte est la plus heureuse des petites filles de pouvoir rester amie avec Abraham-le-pas-Gentil!

Voili, voilà, une nouvelle recrue pour la cour de récré chez Jill.

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