Salade de vies

Le texte de la quinzaine, sur le thème de la métamorphose.

Salade de vies

Il est 6 heures, l’aube point à l’horizon. Le train m’emporte. Derrière moi, une femme parle fort dans son téléphone, à un correspondant lointain que je ne connaîtrai jamais. Incrédule, je l’entends raconter sa vie en Swahili.

Entendre cette langue me replonge par magie dans mes années d’adolescence. L’Afrique. La Tanzanie. Lariboro. Chez moi. La chaleur des journées. Le changement qu’a représenté le « retour » ici… Pour mes parents, c’était un retour, mais pour moi?? Arrivée à 7 ans, partie à 19… Jamais je n’ai pensé à la Suisse comme à mon pays. Eux sont rentrés, et moi, je me suis exilée.

Ma voisine, tel un papillon, volette d’un sujet à l’autre et raconte son dépaysement. En quelques phrases, elle brosse le portrait de son évolution ici, son poste de femme de chambre qu’elle a quitté au milieu de sa grossesse. Le climat continental auquel elle a cru ne jamais pouvoir s’adapter. L’amour qu’elle éprouve pour ce petit être qui grandit en elle, telle une petite chenille (la comparaison me fait sourire) qui poursuit son évolution jusqu’à l’éclosion. Les transformations de son propre corps.

Entendre cette langue me régénère. Je n’ose me retourner pour regarder cette femme que j’espionne à son insu. Ici, ma vie est comme travestie. Je ne suis pas heureuse. Je me déguise en femme heureuse.

Nous arrivons en gare. Elle descend et prend son envol, dans une course éperdue pour attraper son bus, ou rejoindre son amoureux. Je la regarde enfin. Elle est majestueuse, telle la Reine de Saba de mon imagination.

Cette rencontre éphémère m’emplit d’une joie indicible, mais j’ai le cafard. Je veux rentrer dans mon village. Je laisserai ici sans regrets aucuns ce que d’autres nomment confort. Je retrouverai le souffle du vent dans mes cheveux, la liberté d’être moi-même. Et tant pis pour ceux qui ne comprendront pas.

Les mots à placer étaient : changement, incrédule, papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, travesti, éperdu, éphémère, envol.

Lariboro existe vraiment. Mais je n’ai jamais mis les pieds en Afrique, alors je ne me suis pas trop étendue sur les descriptions!!!!

Voili, voilà.

5 réflexions au sujet de « Salade de vies »

  1. Que c’est beau ! Tu as du talent Gwendoline !!!! Heureusement que tu apportes ta petite précision à la fin, car je me suis prise au jeu de l’identité de ton héroïne…. Bravo !!!!!
    Bises

  2. Moi j’y ai cru dur comme fer ! 😆 J’ai connu l’Afrique (3 ans aux grandes vacances pour aller voir mes parents, j’étais en pension) mais je n’ai pas appris de dialecte(s), il faut dire qu’au Gabon il y en a 36 environ ! En revanche je suis née en Algérie en guerre, je l’ai quittée à 5 ans et même si ce n’est pas mon pays, que j’en garde des souvenirs floutés, ça me manque quelque part, une racine qui n’arrive pas à mourir… Tout ça pour dire que ton texte est très bien fait et émouvant, le thème de l’exil conjugué à celui de la métamorphose est prenant ! 😉 Bravo

  3. et ben moi j’étais sure que tu y avais déjà mis les pieds, tu es trop douée pour ce jonglage avec les mots et nous faire vivre une histoire qu’on lit d’une traite et on se laisse emporter, bravo !
    Bisous

    • Ah, ah… mais tu me connais pourtant si bien, ma chère Isabelle… Le seul autre continent que j’ai foulé, c’est l’Amérique, quand j’avais 10 ans…

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